Le harcèlement, ça s’arrête quand?

La réponse est, malheureusement, JAMAIS.

Pourtant, les campagnes de lutte contre le harcèlement battent leur plein… Parle, Dénonce, Identifie ! IL LE FAUT…
Mais finalement tout cela, à quel prix?

Aujourd’hui le harcèlement a le pouvoir de prendre des vies, des vies d’enfants ou de jeunes qui se sentent seuls face à leur problème.
Si on regarde les chiffres:
1 enfant sur 10 est victime de harcèlement scolaire
70% d’entre eux n’en parlent pas. Mais pourquoi?

Je suis maman de deux enfants et j’espère de tout cœur que si ils y sont confrontés un jour, j’en serai la première informée. Alors le penser aussi peut toujours me faire espérer mais cette espoir sans montrer notre écoute, notre bienveillance et notre confiance au quotidien ne fera qu’accentuer la peur de l’enfant d’en parler au parent ou tout simplement à un adulte?

Pourquoi, d’ailleurs, l’enfant a-t-il aussi peur de parler aux adultes?

J’ai bien ma petite idée sur la question et la voici:

Nous sommes un pays très centré sur nous même et où les enfants n’ont pas réellement leur place dans la course du METRO-BOULOT-DODO (confirmé par l’idée du “no kids” à la sncf) et pourtant ils sont bien là, ils existent bien et tentent de se faire une place parmi les grands.


Face aux harceleurs, les enfants aussi ont peur, se demande chaque jour pourquoi moi, qu’est ce qu’il va encore m’arriver, mais qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça… mais tout ceci est des fois plus “facile” à supporter que de faire face à l’adulte.

Car l’adulte, le parent face au harcèlement de son enfant, pour un tas de raison tel que la peur, l’angoisse, la tristesse, la colère, l’amour (à l’aide le monstre des émotions!!!) va réagir, en général, de la mauvaise manière. Je ne dis pas cela pour juger ni critiquer mais parce que j’en étais la première concernée. Il faut commencer à voir la vérité en face, un enfant qui ne parle pas est un enfant qui n’est pas en confiance, c’est dur de se l’entendre dire mais c’est la vérité.

Nos réactions souvent, portées de bonnes volontés, finissent par envenimer les choses et mettre l’enfant harcelé dans une posture encore plus compliquée et dévastatrice.

Aujourd’hui, l’état français veut frapper fort avec le programme PHARE dans les écoles. Tinté de très bonnes intentions, ce dernier est porté encore et toujours sur la culture de la punition. Alors on pense encore et toujours que PUNIR les méchants, les vilains, les pas gentils permettra au harcelé de ne plus subir, de retrouver une place au sein de la jungle scolaire. Bonjour, Merci, Aurevoir….

Croyez-vous sincèrement que le harcelé se sentira plus sur de lui, plus confiant, moins vulnérable, capable de faire face aux moqueries, aux insultes, aux discriminations?

Êtes-vous de ceux, les chanceux, qui n’ont jamais été critiqués, jugés, moqués ou insultés que soit en tant qu’enfant/ado ou adultes?
Mais cela est tout simplement IMPOSSIBLE parce que 100% des personnes ont été au moins une fois moquées, jugées, critiquées par autrui.

Cela fait parti de la société, et le monde ne deviendra pas soudainement bienveillant, empathique et l’école encore moins.

C’est bien beau de penser qu’il peut exister une école sans harcèlement, une école totalement empathique et bienveillante!!
J’en serai tellement heureuse, comme on ne peut espérer la fin totale des violences sexuelles faites aux enfants, comme on ne peut espérer une société sans racisme… Je le déplore mais croire en l’impossible ne permettra pas de stopper l’engrenage parfois mortel du harcèlement.

« No one can make you feel inferior without your consent »
— Elenaor Roosevelt

Cette citation dit tout!

Il y aura toujours des gens qui tenteront de vous faire sentir inférieur, moins bien sapé, moins beau, moins intelligent, moins intéressant, moins drôle…
Parce qu’un enfant ou même un adulte harcelé veut toujours que ça s’arrête et qu’aucun d’eux n’a finalement consenti à l’être.

Et si on redonnait de la force aux harcelés sans employer de violence.
Cette force se place dans notre posture face aux autres, une posture non verbale et verbale qui dit tout de nous. C’est bien elles qui nous montrent aux autres comme vulnérable comme potentiellement la bonne cible pour un harceleur.

Nous sommes continuellement en rapport de force avec nos enfants, entre enfants, entre adultes et enfants. Et nous y revoilà, la culture de la punition, notre méfiance, notre pensée négative sont bien ancrées en nous.

C’est très difficile de prendre du recul face aux situations compliquées, de faire poker face face aux critiques et insultes, de ne pas demander stop, arrête, c’est pas gentil, c’est blessant quand tous ces mots blessent vraiment….

Mais les émotions que l’on ressent, que l’on identifie en nous sont un joyau précieux à n’exprimer qu’avec ceux qui nous le rendent bien. Dans l’ère de l’expression des émotions et l’incitation à le verbaliser à tout va, il y a un risque important. Celui d’accentuer le harcélement et de s’auto-saboter.

Prenons un exemple:

Marie va voir Juliette et dit : “oh mais c’est quoi ce pantalon que tu as mis aujourd’hui, tu l’as trouvé dans une poubelle?”
Juliette lui répond: “Arrête, c’est blessant ce que tu dis. Je ressens beaucoup de tristesse”

Alors Juliette a totalement raison, ce n’est pas gentil c’est blessant et elle ne peut que ressentir des émotions comme la tristesse.
Mais que croyez-vous que Marie se dit à ce moment là?
A: oh je suis méchante c’est vrai désolée
B: je l’ai touché c’est bon j’ai réussi

Si on est face à une posture de harceleur, Marie se dira la réponse B car c’est exactement ce qu’elle cherche en venant parler à Juliette, susciter une émotion.

Or, si Juliette répond: “ah bon, tu trouves?”
Marie aurait surement renchérit mais, pour autant, elle n’aurait pas encore atteint son but et Juliette aurait une posture relationnelle totalement différente face à Marie.

Cette posture ça s’apprend, ça se joue, ça s’exerce… c’est le “Jeu de l’idiot” de Philippe Aïm.

Devenue praticienne au jeu de l’idiot, je veux prévenir du harcèlement et aussi le stopper en étant au contact des parents et enfants pour qu’ils comprennent la mécanique, le jeu et qu’il s’exerce pour pouvoir changer leur posture relationnelle.

“Changer ne veut pas dire que c’est toi le fautif, c’est vouloir changer de camp et ne plus consentir à être traité comme inférieur.